Home 2021 avril 03 Jeudi 1er avril – jeudi saint : Homélie du Père Jérôme Thuault, curé.

Jeudi 1er avril – jeudi saint : Homélie du Père Jérôme Thuault, curé.

Jeudi 1er avril – jeudi saint : Homélie du Père Jérôme Thuault, curé.

Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu’au bout, écrit saint Jean. Et nous, en ces jours saints, nous voulons prendre le temps de contempler, de méditer et célébrer ce « jusqu’au bout » de Jésus, c’est-à-dire l’extrême de l’amour, la folie de la croix. Pour mieux comprendre ce « jusqu’au bout », nous aurons besoin de célébrations communes, mais aussi de prière personnelle, de lecture peut-être. Cette célébration, avancée à l’heure de midi en raison du couvre-feu, nous permettra de prolonger notre prière tout l’après-midi, en veillant auprès du Seigneur.

Jésus, donc, aima les siens jusqu’au bout. Or le signe étrange de son amour inébranlable pour les siens, exprimé jusqu’au dernier instant, est celui du lavement des pieds. Jean est le seul évangéliste à nous rapporter cet épisode : il a compris la valeur profonde de ce geste. En ce temps-là, laver les pieds d’un hôte était une coutume tout à fait habituelle, cela faisait partie du savoir-vivre. Mais Jésus, en bon pédagogue, part d’un geste simple pour donner un enseignement nouveau et profond. Ce qui surprend dans le geste accompli par Jésus – geste qui est à lui seul un enseignement – c’est que cette tâche était effectuée par les domestiques, mais certainement pas par le maître de maison.

Ainsi, Jésus, que beaucoup avaient reconnu comme un maitre, à commencer par les Douze, révèle en quoi consiste son autorité. Il ne se renie pas en accomplissant ce geste, il s’abaisse en toute liberté, bien conscient du scandale que cela peut provoquer. Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur » et vous avez raison – dit-il – car vraiment je le suis. Jésus s’abaisse par amour pour ses disciples, qui sont aussi ses frères. Le maître se fait serviteur, car l’amour n’est jamais dominateur ni arrogant, mais toujours bienveillant, gratuit. Tous ont été rejoints par ce geste d’amour, y compris Judas qui avait déjà l’intention de livrer Jésus, y compris Pierre, qui était encore prisonnier de ses vieux schémas mentaux et n’était pas prêt à accueillir l’amour de Jésus.

Oui, après avoir tant exhorté les siens à vivre dans l’amour, à rechercher la perfection dans l’amour, voilà qu’à la veille de sa passion, Jésus veut laisser une leçon inoubliable à ses amis. Aimer, c’est accepter de servir le frère. Aimer suppose de se libérer des conventions et des conditionnements de tous types, ce que Pierre a eu du mal à accepter. Et Jésus nous laisse aujourd’hui ce geste du lavement des pieds afin qu’à notre tour, nous réapprenions la « grammaire de l’amour », sans négliger les petits gestes dont la valeur symbolique est si forte.

Mais le « jusqu’au bout » de Jésus se trouve aussi codifié lors du dernier repas qu’il prit avec ses disciples. Il ne s’agissait pas seulement du dernier moment de convivialité partagé avec les Douze, avant qu’il ne doive affronter – seul – l’épreuve de la Passion. Ce repas devait être aussi le signe mémorial de la communion future avec les siens. Faites cela en mémoire de moi dit Jésus, après avoir partagé le pain et le vin. Chaque fois que nous partageons l’eucharistie, en Eglise, reprenant les paroles et les gestes de Jésus, nous rappelons sa passion et sa mort sur la Croix, qui nous ouvre à la vie nouvelle.

Chaque fois que nous partageons l’eucharistie, nous sommes en sa présence, en présence de son corps, de sa vie offerte pour le monde et qu’il nous partage généreusement.

Aujourd’hui, nous contemplons le mystère de l’eucharistie, de cette vie donnée devenue nourriture pour chacun de nous, pèlerins en ces temps difficiles.

Précisément, l’an dernier, l’épreuve de la pandémie et les mesures de confinement nous ont privé des célébrations communes, et donc privé d’eucharistie partagée. Maintenant que nous avons retrouvé la liberté de nous réunir, nous mesurons sans doute davantage la valeur de ce moment présent, où nous entendons le Seigneur nous parler – dans un souffle d’amour – nous confier son testament : une Parole à vivre, à mettre en pratique.

Il me semble que le choc de la pandémie peut aussi nous aider à mieux prendre la mesure des petits gestes d’attention – tel le lavement des pieds – ou des petits services qui révèlent à l’autre qu’il est aimé. Le covid nous a éloigné les uns des autres, confiné dans nos maisons. Mais sans doute étions-nous déjà distants avant même la pandémie. Notre société est marquée par une certaine forme de solitude, par un individualisme croissant, que le contexte sanitaire n’a fait qu’aggraver. Beaucoup d’aînés nous ont quitté dans une grande solitude ; autour de nous, des personnes s’effondrent psychologiquement. Or le Seigneur, à la veille de sa passion, nous dit que l’Evangile ne peut être porté et vécu par des individus isolés, mais par une communauté de frères et de sœurs, sachant vivre l’amour mutuel.

Plus que jamais, il nous appartient de recueillir ce testament de Jésus, de le faire nôtre, de le communiquer. Il n’est pas bon que l’homme soit seul, avait constaté Dieu aux premiers jours de la Création. En ces jours de la Passion, veillons avec le Seigneur, ne le laissons pas seul, et reprenons avec Lui notre travail pour tisser et retisser sans cesse les liens de l’amour fraternel, qui sont des liens de salut.

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