Home 2021 avril 03 Vendredi 2 avril – vendredi saint : homélie du Père Joachim Nguyen

Vendredi 2 avril – vendredi saint : homélie du Père Joachim Nguyen

Vendredi 2 avril – vendredi saint : homélie du Père Joachim Nguyen

Frères et sœurs

Après un long carême, la voici, l’heure de la Passion et de la mort de Jésus-Christ sur la croix. Selon le récit des évangélistes, Jésus est mort en priant à la neuvième heure, c’est-à-dire à 15h de l’après-midi. St Luc décrit cette heure comme une prière tirée du Psaume 31 que nous avons chanté toute à l’heure : « Père, en tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46)

La Passion selon St Jean nous rapporte la dernière parole de Jésus « Tout est accompli »

Cette parole nous rappelle une autre dans le même évangile que nous avons lu hier soir, au début de la Passion, au moment du lavement des pieds : Jésus aima les siens « jusqu’à la fin » (13,1); Cette fin, cet accomplissement extrême de l’amour est maintenant atteint, au moment de la mort. Il est vraiment allé jusqu’à la fin, jusqu’à la limite et au delà de la limite. Il a réalisé la totalité de l’amour ; il s’est donné lui-même.

Si vous lisez la Prière sacerdotale de Jésus au chapitre 17 de l’évangile de St Jean et la lettre aux Hébreux, vous pouvez comprendre que  Jésus, le Grand-Prêtre, a accompli jusqu’au bout l’acte de consécration, la remise sacerdotale de lui-même à Dieu. Il devient l’offrande parfaite au Père. Ainsi resplendit à travers cette parole le grand mystère de la Croix. La nouvelle liturgie cosmique a été accomplie. La Croix de Jésus vient prendre la place de tous les autres actes cultuels, car elle est l’unique et véritable glorification de Dieu, dans laquelle Dieu se glorifie lui-même grâce à celui en qui il nous donne son amour et ainsi nous attire vers le haut, vers lui.

Le vendredi saint est pourtant rempli de bruit et de fureur. Si la 1ère partie de la Passion manifeste en douce lumière le don que Jésus fait de sa vie pour sauver les hommes, l’acte 2 du vendredi met en pleine lumière la violence des hommes. Jésus n’est plus l’acteur, il subit le déchainement de la haine et la violence qui tue. Les acteurs et les accusateurs se multiplient d’autant plus que Jésus est abandonné des siens. L’accord des puissants se fait sur le dos de Jésus, l’innocent et le perturbateur des pouvoirs en place. Hérode, Pilate et Caïphe qui représentent les autorités civiles et religieuses, font un compromis politique. Oui, « il vaut mieux qu’un homme meure pour tout le peuple » (Jn 11,51). Et la mise en scène de la mise à mort – sur une colline à l’écart de la ville au vu des foules des pèlerins qui affluent vers Jérusalem pour la fête de Pâque – dévoile la cruauté dans le cœur de l’homme,  « cœurs de pierre » de l’humanité. Ce cœur de pierre, hanté par la peur de perdre, la peur d’être touché par la misère, la pauvreté et l’orgueil de posséder, est bien la racine du mensonge, de la haine, de la vengeance, de la violence destructrice et du refus obstiné de la Parole et de l’Amour de Dieu.

L’heure est venue pour nous aussi de nous dépouiller comme le grain tombé en terre. La liturgie du samedi saint dépouille l’église de tous ses signes. Elle n’est plus que signe du VIDE ; le Crucifié est déposé en terre. Plus rien ne se passe. Le silence de l’innocent interdit toute vengeance. Le Serviteur soufrant, « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53,7). Mais dans ce silence se révèle le cœur de Dieu, le cœur de chair transpercé par la violence, le cœur d’amour d’où sont sortis l’eau et le sang, ce cœur d’amour qui se vide totalement jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême.

C’est ainsi que se propose la lecture de la Passion selon St Jean, où Jésus s’avance librement vers la croix où il s’est donné entièrement, il s’est vidé de tout pour devenir totale oblation. Alors les hommes se sont déchainés pour lui arracher la vie en le clouant sur la Croix, le châtiment des esclaves, des moins-que-rien.

Alors la mort a triomphé mais quand elle est venue prendre la vie de Jésus, elle n’a pu rien saisir car il avait tout donné. C’est pourquoi Dieu lui a donné vie toute donnée, il l’a relevé d’entre les morts.

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. Amen. (Phil 2,9-11)

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