« Pour que le monde ait la vie »

« Pour que le monde ait la vie. » C’est la devise retenue pour ce voyage apostolique du Saint-Père en France, elle est inspirée de l’Évangile selon saint Jean, au chapitre 6 :
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (Jn 6, 51)
La venue du Pape est certainement déjà notée dans vos agendas depuis l’annonce de son voyage. Le 16 mai 2026, lorsque sa visite en France du 25 au 28 septembre a été officialisée, vous vous êtes peut-être même organisé au plus vite. Son programme dans l’Hexagone n’a plus aucun secret pour vous : Paris les 25 et 26 septembre, Lourdes dès le soir du 26 et durant toute la journée du 27, puis Metz le 28 septembre. Mais connaître l’agenda du Pape ne signifie pas forcément connaître sa mission ! Alors pourquoi est-il important d’accueillir le Pape Léon XIV ? Qui est ce qu’on accueille ? Et que faut-il savoir sur sa fonction si particulière au sein de l’Eglise ?
Naturellement, le Pape Léon XIV est le pasteur de l’Eglise universelle. Le Pape occupe effectivement une place unique dans l’organisation de l’Eglise. Il est l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, chef du collège des évêques et pasteur de l’Eglise universelle. La tradition catholique lui donne notamment le titre de « Vicaire du Christ » .
Que signifie ce terme?
Le mot « vicaire » désigne celui qui exerce une fonction au nom d’un autre. Appeler le Pape « Vicaire du Christ » signifie donc qu’il exerce une mission particulière au service de l’Eglise au nom du Christ, dans l’attente de son retour. Mais attention : il faut immédiatement préciser ce que cela ne signifie pas qu’il est Dieu.
Léon XIV demeure un homme, avec son histoire, sa personnalité, ses qualités et ses limites. Il n’est pas davantage un intermédiaire indispensable entre chaque croyant et Dieu. Saint Paul rappelle dans sa première lettre à Timothée 2, 5 qu’il n’existe qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ.
Enfin, être Vicaire du Christ ne signifie pas que le Pape gouverne l’Eglise comme un souverain tout-puissant qui déciderait seul de tout. La tradition catholique insiste également sur la dimension collégiale de l’Eglise. Le Pape exerce sa responsabilité avec les évêques, successeurs des Apôtres, mais aussi au service de l’ensemble du peuple de Dieu. Autrement dit, l’autorité pontificale n’a de sens que comme service. Saint Augustin exprimait déjà cette belle tension à propos de la fonction épiscopale : « responsable pour les autres, mais chrétien avec les autres« . Nous pourrions appliquer la même idée au Pape. Pour l’Eglise, il exerce une mission très particulière. Mais avec nous, Léon XIV reste avant tout un baptisé et un frère dans la foi. La visite du Pape en France nous permettra sans doute de le percevoir dans ces deux dimensions : le pasteur de l’Eglise universelle et l’homme qui vient rencontrer d’autres hommes et femmes.
Quels sont les enjeux de cette visite ?
En premier lieu, il y a l’enjeu spirituel. Le pape fait la démarche de se rendre sur une terre ancienne de chrétienté. Au XIXe et au XXe siècle, le catholicisme français était très présent dans le monde entier. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout pareil. Léon XIV vient pour encourager un catholicisme qui renaît, ou en tout cas qui se recompose. Il veut inciter ce catholicisme à puiser dans son histoire pour retrouver ce qui a permis sa diffusion partout dans le monde.
Une part importante de la visite du Pape en France sera donc consacrée à la rencontre des catholiques : évêques, prêtres, personnes consacrées, jeunes, catéchumènes, nouveaux baptisés, malades… tous ! Mais son voyage ne se limite absolument pas à cela. Son programme le montre d’ailleurs très clairement. Dès le 25 septembre, Léon XIV sera reçu par le Président de la République à l’Elysée. Il rencontrera ensuite les autorités, la société civile et le corps diplomatique, avant de se rendre au siège de l’UNESCO. À Metz, le 28 septembre, il participera également à une rencontre interreligieuse puis à un événement consacré aux racines de l’Europe, à la paix et à l’unité.
Le Pape n’est donc pas uniquement un responsable religieux venu rendre visite aux membres de son Eglise. Il possède également une parole qui peut s’adresser à tous les Français. Car le Pape est aussi une autorité morale internationale. Sa position lui permet d’aborder des sujets qui dépassent très largement les frontières de l’Eglise : la paix, la justice, la fraternité, la dignité humaine ou encore les grands bouleversements technologiques.
Léon XIV l’a notamment montré dans son encyclique Magnifica Humanitas, consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Il y pose une question qui concerne évidemment les croyants, mais pas seulement : quelle place voulons-nous préserver pour l’être humain dans un monde où l’intelligence artificielle occupe une place toujours plus importante ? Voilà pourquoi cette visite du Pape en France concerne aussi ceux qui ne se reconnaissent pas dans la foi catholique.
Le Pape vient rencontrer une Eglise, certes, mais aussi un pays et sa société. La fraternité ne peut pas rester uniquement une belle idée. Elle se construit par les rencontres. La venue de Léon XIV sera donc aussi faite de visages, de discussions et de moments partagés.
